Divorce : d'abord une décision de femmes
vendredi 03.02.2012, 12:41 - PAR ANNE-SOPHIE HACHE et SOPHIE LEROY
COUPLES
Un couple sur deux ne terminera pas sa vie ensemble. Dans les trois quarts des cas, sur décision de la femme. Pourquoi ? Qu'attendent les femmes du couple ? Et qu'en pensent les hommes ?
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1975, la loi sur le divorce par simple consentement mutuel est votée. Un an après celle sur l'avortement. Sept après celle sur la contraception. La femme française s'émancipe.
Non sans mal. « C'est la famille qu'on assassine » plaident ses opposants. Cette loi sur le divorce, c'est la porte ouverte à toutes les séparations, pour un oui ou pour un non.
Qu'on nous laisse alors vivre ensemble avant le mariage, rétorquent les jeunes amoureux. Au moins, on saura avec qui on se marie et nous n'aurons pas besoin de divorcer ! Quarante ans plus tard, les chiffres parlent d'eux-mêmes : un couple sur deux se sépare. Et trois fois sur quatre, sur décision de la femme.
Dans l'ouvrage Séparée, de François de Singly, l'une d'elle décrit : « Les hommes sont lâches. » Une autre, à la question « C'est vous qui avez parlé de la séparation la première ? », répond : « Oui, C'est toujours les femmes. Le divorce aussi, c'est toujours les femmes. » Quand bien même elles le paient cher, financièrement notamment. « Les femmes sont plus exigeantes » en amour, explique François de Singly (lire par ailleurs).
Par nature. Parce qu'il y a infidélité : « La fidélité reste une attente forte », quoi qu'en disent les couples « modernes ». Parce que leur émancipation est loin d'être terminée : la femme reste la préposée au ménage, à la cuisine, aux lessives, au repassage... et elle le supporte de moins en moins.
Mais aussi, pointe le sociologue, parce qu'aujourd'hui on se doit de tout réussir : son développement personnel, sa vie professionnelle, affective, parentale et que l'on se doit d'être toujours heureux. « Le couple fait naufrage comme une barque surchargée... On a trop d'attentes » , constate de Singly. A fortiori dans une société qui s'individualise et exige que l'on se réalise aujourd'hui pleinement.
« Les plus jeunes, notamment, ne sont pas prêtes à sacrifier une parcelle de ce qu'elles sont. (...) C'est le nouveau modèle des trentenaires, elles s'enferment moins dans le "nous" et s'offrent le droit à la transformation. » L'amour « deviendrait ainsi plus conditionnel, contractuel, raisonnable ». Dès le début d'une histoire, il y a éventualité de séparation.
Pour autant, conclut le sociologue, la séparation et le divorce ne se sont pas banalisés. « Il y a eu déstigmatisation et banalisation du divorce socialement mais, personnellement, même si les femmes témoignent de leur sentiment de libération après la séparation - même quand elles n'en sont pas à l'origine -, celle-ci est réfléchie. Elles ne se décident pas sur un coup de tête. Je ne crois pas à cette mode de la fête du divorce. Ça n'a pas de sens. »














