Un guide de l'office du tourisme devant se corriger dès la première phrase, ça ne passe pas inaperçu. Ainsi, hier matin, ce claironnant « Bienvenue à Lille ! » dans le micro de l'autocar s'apprêtant à sillonner la ville avec sa soixantaine de curieuses. « Euh, finalement, je crois que vous êtes Lilloises », rectifie prestement l'historienne.
Sur les sièges, on sourit, on pouffe, mais personne ne prend ombrage. Il faut dire que ces dames de toutes les générations ont bien l'intention de savourer cette journée. D'abord, il y a l'opéra et ses apparats. Notamment ce tapis rouge couvert d'un drap. « Zarma, il est fermé », ironise une « touriste » du Faubourg de Béthune. « Le tapis rouge fait partie des symboles de l'opéra, sourit Claire, leur hôtesse. Au moment des spectacles, tout le monde veut l'emprunter. Du coup, une fois que ce tapis est nettoyé, on le protège. »
Johnny, c'est plus cher
Dans la salle, chacune prend une place. Le prix du siège où certaines sont assises provoque un « Ha ! ! ! » effrayé : 62 E. À Claire d'expliquer que les prix débutent à 5 E et que l'opéra - avec sa cohorte de musiciens, de chanteurs, de danseurs, de costumiers, de décorateurs, etc. - n'est pas un spectacle bon marché. « Johnny, Madonna, c'est beaucoup plus cher, complète la jeune femme. Sans les aides publiques, le prix d'un billet grimperait à 300 E. » Qui a inauguré l'opéra de Lille en 1923 ? « Pierre Mauroy ou alors son père ? », se risque Lucette, 53 ans, des Bois-Blancs.
Statues antiques
Le périple se poursuit en autocar. La guide de l'office du tourisme trace le périmètre rasé par la Première Guerre mondiale, décrit les différentes vagues d'architecture. Les quartiers populaires ne sont pas oubliés. D'ailleurs, à l'évocation de Wazemmes et de son célèbrissime marché, une voix partie du fond complète la leçon : « Les meilleures affaires, c'est le jeudi matin ! » Ambiance potache ? Mais si, mais si. Comme cette remarque quand l'historienne annonce que le théâtre Sébastopol a été édifié en 103 jours : « À l'époque, on faisait pas 35 heures par semaine ! », persifle une mamie. Et au palais des Beaux-Arts, la virée tourne carrément à la crise de fou rire dans la salle des statues antiques où paradent des hommes en tenue d'Adam. La sérénité reviendra vite devant les oeuvres de Camille Claudel et les représentations de Pénélope, avant un goûter exceptionnel à l'Hermitage Gantois.