Faustine, 7 ans, et Juliette, 10 ans, posent avec fierté sous la photo de leur père, exposée dans le hall de Maréis, le centre de découverte de la pêche d'Étaples où travaille leur maman. Comme bon nombre de papas de copines, leur père quitte la maison tous les lundis à deux heures du matin pour embarquer, à Étaples, à bord du chalutier Saint-Nicolas.
C'est le début des semaines-marathons de Cécile Ramet. « Je dépose les filles à l'école avant de partir travailler et, si c'est possible, je les retrouve pour le déjeuner chez mes parents.
Le soir, je gère les devoirs, les courses, l'entretien de la maison. Mais aussi la signature des bulletins, les spectacles de fin d'année et les enfants malades.
Je me souviens d'une hospitalisation de Faustine pour une pyélonéphrite. Elle avait trois ans. C'était la galère. Et le téléphone satellite ne passait pas.
Je n'ai pas réussi à prévenir mon mari. » Même scénario le jour de son premier accouchement. « Juliette est née avec quinze jours d'avance. Mon mari a été ramené à Boulogne mais quand il est arrivé, elle était déjà là. La seconde fois, j'ai été déclenchée. » Avec un grand-père, un frère et aujourd'hui un beau-père et un mari marin pêcheur, Cécile Ramet ne découvre pas cette vie-là. « Avec Loïc, on s'est connus à quinze ans. Je savais qu'il voulait être marin pêcheur. Ça ne m'a jamais fait peur. Je me disais que d'autres femmes y étaient arrivées. Et si le lundi c'est quand même dur, c'est la vie, c'est comme ça. Je suis bien épaulée par mes parents, mes beaux-parents, mes tantes et mes cousines. Il y a toujours du passage à la maison en semaine. »
Chaque retour est une fête
S'il n'y a pas de réparations à faire sur le chalutier, Loïc Ramet est de retour le samedi vers 2-3 heures du matin. « Le week-end, on voit la famille et nos amis marins pêcheurs. Et quand je travaille, il gère les devoirs et la maison. Il n'y a rien à dire, il fait le ménage, la vaisselle : comme à bord ! » Quand on interroge Cécile Ramet sur la façon dont ses filles vivent la situation, elle assure que tout se passe bien. « Même si la plus petite réclame parfois encore son père. Les filles adorent la mer, monter à bord du chalutier, redécouvrir où dort mon mari. Quant à moi, elles le savent et le disent souvent : "C'est toi le chef. C'est toi qui décides." ». Car du lundi au vendredi, la trentenaire tranche seule. Et, mi-rieuse, mi-confiante, elle leur martèle ce conseil : « Ne vous mariez jamais avec un marin pêcheur ».
CÉLINE LEVIVIER