Sur le parquet nu de la salle Marmottan hier après-midi, trois personnes endimanchées se tiennent devant la scène. Arlette Delpierre et Janine Jombart encadrent Didier Claris, porte-drapeaux, qui s'est vu remettre un diplôme. Une médaille d'argent accrochée à un pendentif vert orne les élégantes vestes beiges d'Arlette et Janine. « C'est la première fois à Bruay qu'on remet cette distinction à des veuves. Avant, on ne la donnait qu'aux anciens combattants », glisse Jean-Claude Berty, président des Anciens combattants avant d'aller poser pour la photo des récipiendaires et des élus.
À l'écart du banquet et de la table d'honneur qui les attend, Arlette et Janine racontent leur vie de veuves, mais surtout de femmes. « Mon mari était médaillé militaire, il est resté 25 ans dans l'armée, il a fait deux séjours en Indochine, l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, l'Allemagne ... » Le port martial et le débit rapide, Arlette, 77 ans, qui a vécu cinq ans sur une base militaire en Allemagne, se souvient des longues absences de son mari. « C'était pas toujours facile, mais il fallait le faire. » Pas la même histoire que celle de Janine, 72 ans. « Moi, j'ai rencontré mon mari dix ans après qu'il est revenu d'Algérie. C'était un appelé, il avait fait son service militaire comme tout le monde et après il a été envoyé en Algérie, à Bône et à Philippeville. » C'est par lui que Janine a connu les associations d'anciens combattants. « Même quand il était malade, il y allait, il me disait toujours qu'il ne fallait pas quitter (l'association). Alors quand il est décédé en 1995, je suis venue ici. » Aujourd'hui, elle représente les anciens combattants d'Afrique du Nord.
Vice-présidente des médaillées militaires et femmes d'honneur, Arlette représente les TOE, pour Théâtre des opérations extérieures. Une association qui regroupe notamment les anciens d'Indochine. « Je suis la seule femme. Au début, ce n'était pas évident. » Elle qui a perdu son mari il y a douze ans se souvient que les femmes de militaires étaient reconnues et solidaires entre elles du temps de la carrière de son époux. « On était tout un groupe, toutes copines. » Aujourd'hui, Arlette et Janine tentent justement de regrouper les anciens combattants et leurs veuves dans leurs associations. « Et aussi de faire reconnaître ce qu'ont fait nos maris pour la France », insiste Arlette. Même si hier, les honneurs étaient pour elles, même si elles étaient fières, Janine rappelle : « Ces médailles, elles auraient dû aller à nos maris. »
PAR CÉLINE BARDY