Elle est celle qui a fait naître Ophélie Moisan à la chanson, mais elle n'a pas vu naître le phénomène « Al.Hy » à la télé. Même si le télé-crochet réunit des millions de téléspectateurs, tout le monde ne passe pas ses samedis soirs devant le petit écran. « Al.Hy ne me disait rien du tout. »
C'est par notre journal, au lendemain de son passage au Pasino, la semaine dernière, que Pascaline Thibaut a découvert qui se cachait derrière Al.Hy : « Je suis tombée des nues. » On veut bien la croire. L'ancienne chef de choeur s'est alors précipitée sur Internet, a vu toutes les vidéos qui circulent. Et elle a appelé les parents, confuse...
Comment a-t-elle retrouvé la petite fille qu'elle avait perdue de vue ? « Je suis admirative : elle a une personnalité incroyable ! Pas surprise, mais très fière de ce qui lui arrive : elle le mérite. » Pascaline Thibaut ne se fait pas prier pour évoquer cette Ophélie qu'elle avait « repérée depuis très longtemps », qui avait sept ou huit ans quand elle a rejoint la chorale de l'école de musique : « J'ai vu que cette petite avait quelque chose à dire. Elle chantait avec ses tripes, prenait le coeur. Toute petite qu'elle était, elle avait ce timbre de voix particulier, un peu cassé. »
Comment la définirait-elle ? « Timide, réservée, dans sa bulle. Pas du tout extravagante. Mais dès qu'elle chantait, elle en imposait, elle captivait l'auditoire. »
Aux Rencontres chorales, Ophélie a souvent chanté le solo de l'artiste invité : Michel Fugain, Fabienne Thibeault, Yves Duteil, Enrico Macias se sont succédé. « Elle avait toujours peur, se remémore encore l'ancienne chef de choeur. Il fallait la faire répéter après le cours.
Elle n'avait pas confiance en elle, mais ma confiance à moi était totale. Je savais que dès qu'elle se mettait à chanter, ça allait taper. » D'autres souvenirs ressurgissent. Une prestation pour une association à l'église Sainte-Thérèse, où Ophélie avait interprété la chanson des Choristes, Caresse sur l'océan : « Elle devait avoir dix ans. Elle a fait un tabac. »
Un spectacle pour le Noël des déshérités au Kursaal de Dunkerque, où Michel Fugain « lui a tenu le micro ». Ou les petits solos de la fête de fin d'année à l'école La Tour : « Ça crée parfois des tensions entre élèves, on marchait sur des oeufs, se rappelle Pascaline Thibaut, qui y était intervenante en musique. Mais je tenais souvent à la mettre en avant : elle avait le talent pour le faire. N'est pas soliste qui veut. »
À celle qui lui a fait faire ses premières vocalises, on fait donc remarquer qu'elle a été son premier « coach ». « Après son père,rectifie Pascaline Thibaut. Il est très impliqué, elle a une famille formidable. Les karaokés et concours de chant lui ont donné une aisance avec la scène. »
Elle voit son ancienne élève « aller très loin : la manière dont elle s'est appropriée "La Foule" et l'a transformée m'a agréablement surprise et donné la chair de poule. Elle est très mûre pour son âge. Ça va être serré, mais elle a quelque chose de très particulier : un grain de voix, une puissance, un don de la scène. Je suis très confiante ». Ce soir, cette fois, pas d'excuse : Pascaline Thibaut sera bien devant sa télé. Allez Al.Hy !
PAR BERNARD DÉFONTAINE