De Wissant à Hawaï, ou le rêve éveillé d'un sacré p'tit bout de femme
dimanche 19.02.2012, 05:08 - PAR PHILIPPE CADART
Quel chemin parcouru pour la jeune Alice, gueule d'ange et démoniaque sur l'élément. REPRO « LA VOIX » LE VISAGE DU DIMANCHE
Alice au pays des merveilles... Rien n'est plus vrai à l'endroit d'Alice Arutkin, la Boulonnaise, tombée dans la marmite du spot (1) de Wissant très jeune et qui trimballe désormais sa FRA 111 (le dossard de sa planche) sur le toit du monde, ou plus exactement sur la crête des plus belles vagues du monde. Rien de moins...
J'ai dû me pincer dernièrement en feuilletant les pages du magazine Red Bull, diffusé, tout de même à quelque 4,5 millions d'exemplaires. À la Une, un appel pour Alice au pays des merveilles ou la Belle et la Bête. Tiens, c'est un titre que j'ai déjà fait il y a quelques années quand la « tiote » Arutkin, licenciée au YCB et issue d'une famille de foux furieux de la planche à voile, titillait les meilleures seniors du haut de ses quinze ans. Eh ! oui, c'est bien elle, la Belle. Et la bête n'est plus ni moins qu'un certain Robby Naish, qui est à la planche ce qu'est Slater, l'autre Robby, au surf. Du top mondial. « The » référence. Naish-Arutkin, c'est la rencontre de deux surdoués de la planche. Lui le plus jeune champion du monde de la jeune histoire de la planche. Elle, sacrée aussi sur le toit du monde chez les juniors, au rayon « vagues ».
Touche à tout
Tout cela, Alice ne l'avait même jamais rêvé : « Quand j'étais petite, mon père me poussait sans cesse : "Tu verras, tu seras forte". Moi, je touchais à tout, la danse, le piano, la gym, le solfège. Alors, c'est vrai, j'aimais bien la planche, mais je ne me voyais pas y consacrer une grosse partie de ma vie d'adolescente. » C'est pourtant ce qui allait arriver. Alice se pique au jeu. Rafle tous les titres chez les jeunes.
Et devient l'une des valeurs sûres du circuit professionnel féminin. Si son titre le plus ronflant a été décroché en vagues, c'est pourtant en slalom qu'elle excelle : « Il faut beaucoup naviguer pour être au niveau des anciennes en vagues. Moi, mon trip, c'est le slalom. Et s'il y a de la houle, alors je m'éclate car ce sont les conditions de chez nous, à Wissant. Et puis il faut bien l'avouer, les étapes du slalom sont bien belles. Le circuit vagues, lui, est parfois franchement moche. » » Le temps des épreuves du circuit mondial, Alice parcourt donc le monde. Elle aime ça : « Forcément, au-dessus de tout, je place Maui, l'une des îles d'Hawaï, mais j'aime bien le Maroc et beaucoup l'Afrique du Sud. Les Canaries, c'est spécial. Quand ça souffle, c'est l'apocalypse. »
Les pieds sur terre...
Si Alice passe sa vie au milieu des vagues, elle n'en garde pas moins les pieds sur terre : « C'est une époque de ma vie, mais pas toute ma vie. Je suis une femme et il n'y a guère que quelques hommes qui vivent bien de la planche. Je ne me plains pas car je suis bien lotie en terme de sponsors, mais si je n'avais pas mes parents et mon copain (2), je ne pourrais pas me consacrer uniquement à la planche sur le circuit PWA. Mais bon, j'adore voyager, aller à la rencontre des gens. J'aime tout autant rentrer, retrouver les miens. Pour l'heure, oui, j'aime cette vie. Quand viendra l'heure de fonder une famille, je choisirai une autre voie, c'est clair. »
1. Spot : endroit idéal pour la planche à voile. Chez nous, c'est Wissant, car le vent souffle entre les deux caps.
2. Son copain, c'est un certain Damien Marcq, l'ancien milieu de l'USBCO qui joue actuellement à Dijon.














