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Laura Andres, modèle vivant, ou l'art du corps porté aux nues

lundi 07.11.2011, 05:14 - PAR SAMI CHEBAH

LE VISAGE DE L'ACTUALITÉ

La première fois qu'on l'a rencontrée, elle était nue. C'était au palais des Beaux-Arts, devant mille élèves artistes, en arc de cercle. Laura Andres, 24 ans, yeux expressifs, modèle vivant, s'est approchée d'une chaise longue qui présidait l'hémicycle. D'un coup, comme on s'apprête à plonger dans un bain chaud, elle a lâché son peignoir quia glissé, brise sur peau de porcelaine, jusqu'à ses pieds.

 Laura Andres, 24 ans, dans son appartement du Vieux-Lille. PHOTOS PIERRE LE MASSON Laura Andres, 24 ans, dans son appartement du Vieux-Lille. PHOTOS PIERRE LE MASSON
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Elle était nue. Deux mille yeux et un émoi étouffé qui parcourt le grand hall du palais avant que les fusains post-acnéïques ne crissent sur les feuilles blanches au format raisin. Laura s'est étendue sur la chaise longue. S'est mise à l'aise, comme on se love dans un canapé un dimanche de pluie. Et s'est figée. «  Parfois, je ne cligne pas des yeux pendant toute la séance. » Statue de chair pendant vingt-cinq minutes. « J'évite de regarder les étudiants ou les artistes, je fixe un point, et je ne pense à rien... je suis dans ma bulle, dans mon monde ... »


Dans son appartement du Vieux-Lille, cheveux noués, châle au cou, fuseau noir, elle bouge et parle. Prépare le café pendant que Chouchou le chat, intrigué, fait les yeux ronds. Des photos d'elle ornent les murs : Laura robe blanche vaporeuse, Laura portrait sensible, Laura cheveux aériens. C'est comme ça que cette Bretonne, ex-assistante médicale, a commencé. Un ami qui cherche un photographe, Laura qui dit oui. Et des clichés de mode, de coiffure, de stylistes, qui se superposent dans le disque dur.


«  Un jour, un copain étudiant en art m'a parlé du travail de modèle vivant. La première fois, j'étais surprise : c'était habillé.  » Et puis un jour, la Lilloise est venue avec un peignoir pour un cours d'art plastique. « La première fois qu'on pose nue, il faut avoir confiance en soi et aux autres. Je savais que ça allait bien se passer, le prof avait l'habitude. » Au moment de se découvrir, comme on se jette du bout du plongeoir, «  je me suis dit, plus vite ce sera fait, mieux ce sera. Les choses se sont bien enchaînées. Si j'avais réfléchi, j'aurais créé un malaise, j'aurais rougi. J'étais face à des étudiants de 17-18 ans, je pensais que ça allait rigoler. En réalité, un ou deux pouffent, se lancent des regards pendant trente secondes et puis après, l'ambiance est studieuse. »


« Je n'accepte pas que l'on retouche mes photos »


Aujourd'hui, Laura a l'habitude. Mieux, elle préfère le nu à l'habillé, le modèle vivant à la photo de mode. « Ce n'est pas du tout le même milieu. Pour les artistes, tu es une matière pour dessiner, il n'y a aucun jugement. Quand on te photographie, tu arrives et on te toise, on t'observe de haut en bas. Tout est physique et apparence. » La jeune femme porte ses rondeurs comme on lève un étendard. « Je n'accepte pas que l'on retouche mes photos, ça figure même dans le contrat. Je suis comme je suis, je refuse d'être victime de la mode ... »


Un militantisme, corps et âme. Lucide et bagarreuse à 24 ans déjà : « Chaque jour, je reçois une dizaine de mails de fétichistes... de mecs aux propositions louches. Mais j'ai des questions pièges. Je demande si je peux venir accompagnée. » Les pros topent, les pervers tiquent. Non, vraiment, Laura préfère le feutre des salles de cours, même si les 25 E de l'heure paraissent maigres.


Le prix du temps, du regard de l'autre. Le salaire aussi des douleurs qui envahissent le corps pendant les longues pauses - jusqu'à 45 minutes, soit un Lille - Charles-de-Gaulle - sans bouger un muscle. « J'essaie de me concentrer sur autre chose. C'est comme un sportif. S'il s'attarde sur la douleur, il s'arrête de courir. Je n'y pense pas... et mon corps s'habitue. » Des centaines de regards qui décryptent son corps nu. Et Laura dans sa bulle. •

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Vos réactions

nicoleangele
ces une salope

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Rickmagic
@nicotruc : apprend à écrire et surtout à être poli(e).

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lequebecois1962
Voilà un reportage digne d'intérêt. Nous y voyons une femme fière d'elle et respectueuse de sa personne. Oui, elle pose nue. Mais, elle le fait à titre éducatif et aussi pour le plaisir de faire connaître la splendeur de la beauté féminine. Oui, elle mérite notre respect.

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