« À croire que ce bâtiment a été imaginé et conçu pour vous », confie Antoine Deguines, adjoint à la culture, en contemplant la Robe-cathédrale, la plus imposante des cinq créations, qui invitent à l'éveil des cinq sens. Suspendue à 6,50 mètres de haut, l'oeuvre déploie ses douze volets de tissus colorés, chacun symbolisant des temps de la vie : des soies blanches italiennes pour la robe de la naissance, de la dentelle rouge calaisienne pour la passion, du bleu pour la méditation, du noir pour la mort... Dans cet espace temporaire se dessinent subtilement des jeux d'ombres et de lumières, la Robe des nations, composée de 6 000 robes miniatures que Carole Simard-Laflamme a baptisées « robes-semailles ». Ces tissus ont appartenu à plus de 400 artistes de disciplines et cultures différentes. Parmi eux, les fragments jaunes des costumes des artistes du cirque du Soleil. « Cette grande mosaïque textile se lit comme un parcours de vie », confie l'artiste au cours de sa promenade à travers ses robes géantes. L'oeuvre, créée en 2010 lors du Festival de la diversité culturelle, est accompagnée d'une musique originale Voix des Nations , composée par Marie Pelletier, dans laquelle se confondent des voix bulgares, asiatiques ou encore des chants de gorge inuits. La musique et l'ouïe occupent une part importante dans le travail de l'artiste. En témoignent ces douze rubans sonores, formant un orgue de Barbarie, grâce auxquels le visiteur peut composer sa propre mélodie. « Il est possible de créer un chemin musical en tournant chaque manivelle », explique l'artiste. Les connaisseurs remarqueront que ces bandes cartonnées et trouées ressemblent étrangement aux cartons Jacquard et font écho aux métiers à tisser qui résonnent juste à côté, dans l'espace permanent de la cité. Point de départ de ce voyage sensoriel, le Jardin de ma mère évoque, à travers sept panneaux en tissu brodés de fil d'or, les souvenirs d'enfance de l'artiste, quand elle vivait à Baie-Saint-Paul, au Québec. Ce n'est pas un hasard si le célèbre roman de Proust À la recherche du temps perdu l'a profondément inspirée. Un hommage à sa mère défunte qui aimait porter des robes fleuries. Demain soir, à 18 h 30, Carole Simard-Laflamme invitera le public à franchir le seuil de sa garde-robe aussi intime qu'universelle. N'hésitez pas à vous balader au milieu de ses robes. « J'aime que les gens déambulent à travers mes créations, qu'ils hument ces milliers de tissus, inspirent, expirent... »
PAR ARIANE DELEPIERRE