La rondeur ne se cache plus. Ni derrière des vêtements difformes, ni derrière du noir. Leurs kilos, leurs rondeurs ? Elles les assument. Même si ça n'a pas toujours été le cas... Le premier régime d'Elodie ? « À 12 ans, confie-t-elle. Mais il n'y avait rien à faire, je grossissais quand même. Je pense que c'est dans les gênes... mon père est costaud, la famille de ma mère aussi. Je suis comme ça ! » Les moqueries, les railleries, cette jeune femme de 21 ans a connu. En a souffert aussi. « Parmi mes six frères et soeur, je suis toujours sortie du lot parce que j'étais la plus bouboule. On m'appelait d'ailleurs comme ça, la boule. » Une boule qui se donnait alors des allures de jeune garçon. « J'étais un vrai garçon manqué, se souvient-elle. Ma soeur (de trois ans son aînée) , elle, était presque maigre. Quand elle m'appelait la boule, je lui répondais le spaghetti ! » Aujourd'hui étudiante en BTS, Elodie n'a pas attendu le concours Miss Ronde pour assumer ses formes généreuses. « À 14-15 ans, un ami m'a dit qu'il me trouvait belle et qu'il fallait que je m'assume. Ça a été le déclic. C'est là que j'ai décidé d'arrêter les régimes, que j'ai commencé à faire attention à moi, à devenir coquette. » Créée en 2005 par Thierry Frézard, psychothérapeute, le concours Miss Ronde avait cette intention de permettre à madame Frézard de s'accepter en tant que femme forte. Ça tombe bien, esclave de rien du tout et certainement pas des diktats de la minceur, Elodie affiche une taille 44 et un visage de poupée de porcelaine.
Principale condition de participation ? Peser au minimum 6 kilos au-dessus de sa taille. « Il ne faut pas croire qu'on mange pour vingt. Je mange pour une et je fais du sport. » Quel regard porte-elle sur ce concours ? « Il sert à faire évoluer les choses », selon Elodie. Emmanuelle et Rebecca sont exactement dans cet état d'esprit. Leur objectif : « Faire passer un message, montrer qu'une ronde peut être belle, qu'il n'y a pas besoin d'avoir une taille 36 pour pouvoir mettre un maillot de bain deux pièces ou une jupe », explique Emmanuelle, étudiante à l'institut lillois d'ingénierie de la santé. Les jumelles de Courcelles savent que vivre en formes n'est pas toujours simple. Usent de techniques pour paraître plus fines comme porter des vêtements amples et foncés. Elles ont longtemps tenté d'affiner leur silhouette, notamment par la pratique sportive. « Même en ayant perdu dix kilos, c'est pas pour ça qu'on est mieux dans sa peau », reconnaît Emmanuelle.
Autant s'assumer pleinement telle que l'on est, sans doute le meilleur moyen de changer le regard des autres.
Rebecca est étudiante en licence administration économique et sociale, à la recherche d'un contrat pro en ressources humaines. C'est elle qui a eu l'idée du concours en surfant par hasard sur le web, avec une copine, « première dauphine de Miss Nationale ».
Les soeurs se sont prêtées au jeu, ont franchi une présélection début avril où une vingtaine de concurrentes ont été éliminées. Et se préparent pour le jour J en répétant les samedis : défilés de mode, shootings photo, la totale ! Emmanuelle : « Nous sommes formées par la Miss 2011 et ses dauphines. Elles sont là pour que tout aille et on les remercie. Au départ, je ne me sentais pas très à l'aise. mais ça se passe de mieux en mieux. On côtoie des personnes qui ont le même passé, on se soutient beaucoup. » Rebecca : « Ayant vécu les mêmes choses étant plus jeunes, on se comprend, ça crée des liens, l'ambiance n'est pas du tout celle des concours, on est là pour s'amuser. » Et plus si affinité avec le jury. « Si je gagne l'aventure continue » dit Emmanuelle. Quoi qu'il arrive l'expérience est déjà positive. « Cela m'aura apporté de mettre d'autres vêtements, des couleurs, et de marcher la tête haute, précise Rebecca. On veut montrer aux personnes qui se sont moquées de nous étant plus jeunes qu'on peut être aussi bien qu'elles. »
PAR CLAIRE SERRE et C. LE COUTEUX