C'est dans l'ancienne agence d'architecture Tank, à Roubaix, que l'on découvre cette quadragénaire passionnée. Elle est occupée à réceptionner les tableaux d'Erik Kinds, peintre belge travaillant quasi coupé du monde au château de Pinet, dans le Luberon. Chaleureuse, enjouée, Joséphine Wambeke-Dierick dégage immédiatement une énergie rayonnante, sympathique. Tout simplement, elle nous fait le récit d'un parcours atypique. Née à Menin (B), élevée à Halluin, elle demeure aujourd'hui à Messines (B), après avoir longtemps habité rue de Gand, à Lille. Son parcours ? Pas banal en effet ! Une formation juridique démarrée à l'IUT carrières juridiques à Roubaix avant de poursuivre le cursus jusqu'au bout (DESS et DEA en droit des affaires). Elle devient avocate au barreau de Lille en 1996, puis juriste lobbyiste pour Norauto jusqu'en 2010. On la perçoit donc tenace, opiniâtre.
À cette période de sa vie de juriste, l'art est déjà présent, mais en sommeil. Elle l'apprécie. Et confie avoir dessiné, toute petite, dans les pas d'un père « très doué ». « Dans ma chambre d'enfant, je créais des décors avec des plumes de paon qui descendaient du plafond ! » Ces dernières années, elle nourrissait déjà un projet de galerie. Car « curieuse de nature », elle avoue que « l'art est une partie d'elle-même, un refuge ». Et puis, il y a trois ans, elle se sent « tiraillée » entre son rôle de mère et sa fonction de lobbyiste. Elle envisage de prendre une année sabbatique pour s'occuper de son petit garçon. Mais ce dernier a un accident, elle ne veut plus travailler : « Le temps s'arrête et mon poste, stratégique pour l'entreprise, ne l'est plus alors pour moi. » Une fois rassurée sur la santé de son fils, Joséphine renoue avec son projet de galerie. « La page s'est tournée, elle peut s'écrire différemment. » Questionnée sur ce projet fou, au long cours, pas simple à mettre en oeuvre, elle explique son credo, son but : « Ce qui me touche et me fait du bien, l'art, j'ai envie de le transmettre, de recréer les émotions ressenties chez les autres. C'est l'idée de faire du bien et de montrer ce que j'aime, comme les tableaux d'Erik Kinds, un coup de coeur. Ils m'ont accordé un répit dans une étape de vie trépidante. J'ai découvert un être secret, hyper délicat, talentueux et méconnu. Un peintre qui se nourrit de lumière et de nature. Sa vie est racontée sur la toile. » Et Joséphine de montrer les tableaux sur le thème de l'eau, remontés de Provence, avec d'étonnants anciens livres de compta ou de cave illustrés par Erik Kinds ou Kim Creighton, peintre convié à l'exposition inaugurale de Roubaix avec seize autres. Des témoignages du travail devenus des journaux intimes, des oeuvres d'art. Ils seront exposés sur des lutrins réalisés par Alain Lauras, ferronnier d'art.
« Déconnecter les gens »
Lobbyiste, femme de réseaux, Joséphine est apte à convaincre les artistes à participer à l'aventure. Elle ambitionne avec sa galerie voyageuse, conviviale « de déconnecter les gens », dénonçant des espaces « aseptisés avec des tableaux emprisonnés dans un grand cube blanc ». Joséphine veut « faire quelque chose d'extrêmement différent, faire bouger, découvrir des artistes, des disciplines différentes ». Elle aime « l'idée de liberté totale avec une galerie itinérante et ouverte », sans ostracisme artistique, sans localisation routinière. La galerie, qui propose un « voyage au coeur de l'artiste, de l'oeuvre d'art au journal intime », en peinture, céramique, sculpture et gravure, sera ici et ailleurs. Et le prochain rendez-vous en septembre, centré sur la mode.