Il est des coïncidences qui sèment le doute dans les esprits. Trop improbables, trop miraculeuses. Celle-ci tient davantage de la belle histoire « comme il en arrive peu dans une vie. » Nous sommes le 15 août 2001. Au terme d'une litanie de travaux, Roger et Babeth Quéro ouvrent enfin leurs chambres d'hôtes à quelques encablures de la Grand place de Cambrai. Quand, de nulle part, survient un cycliste anversois. Blessé à la jambe, le pistard trouve refuge dans cette immense bâtisse qui se dresse sur sa route. Mais pas n'importe quelle route. « Celle qui mène à Saint-Jacques de Compostelle » soulignent les propriétaires. Fait du hasard, il se trouve justement qu'au 12e siècle, et ce pour quelques-uns encore, l'Hospital Saint-Jacques au Bois soignait le pèlerin de passage. « C'est le fil conducteur de la maison. » Féru d'histoire, grand lecteur de Romain Rolland, Roger Quéro établit un lien d'airain entre les deux périodes. Précisant même « n'être que le gardien d'un endroit au charme incomparable. » Ici, l'élégance se mesure depuis les plinthes raffinées jusqu'aux rosaces ouvragées. Au soin apporté à la décoration aussi, résultat d'un incessant travail de chine.
Qui dort dîne
Cette année, après un septennat à accueillir des visiteurs venus du monde entier - en témoigne l'épaisseur du livre d'or - les amphitryons du Clos Saint-Jacques ont réinvesti une partie de l'ancienne Cambrésienne, fleuron brassicole local dont l'activité a cessé au milieu des années 50. Aujourd'hui devenu une auberge aux poutres bien charpentées, le Farfadet (c'est son nom)parachève, sinon poursuit une saga familiale où tout le monde met à la main à la pâte. Antoine, Benjamin, Olivier et Nicolas, pour ces quatre frères (et encore, il y en a d'autres!) l'année 2007 fut sans doute la plus fédératrice de leur jeune existence. Durant un an, chacun d'entre eux a apporté sa pierre à l'édifice pour former de leurs huit mains un ensemble situé à mi-chemin entre l'estaminet (jeux flamand en moins) et la taverne médiévale. Lorsqu'ils jettent un il dans le rétroviseur collectif, chacun contemple le chemin parcouru. Chacun s'amuse à raconter les folles rumeurs qui galopaient comme « celle qui laissait entendre qu'on allait ouvrir une friterie » se souvient Olivier, actuel co-gérant. Vite rassérénés, le voisinage et les premiers clients ont été estomaqués par la mise en vie d'un lieu que l'on doit à Babeth et son fiston Nicolas, marionnettiste. Lequel a pris soin de déposer au pied du piano mécanique 1920, Prof, le patron-pantin. L'artiste a laissé quelques éléments de son ancien atelier ici et là. Des elfes suspendus dans les airs ou attentifs,jambes croisées sur des étagères. Aux fourneaux on trouve Benjamin qui a fait de la pierre à cuire la spécialité de l'auberge. Ici, comme dans les chambres d'hôtes, on se sent un peu chez soi. Sans faire semblant, sans forcer le sourire.Référencé parmi les 330 meilleures chambres d'hôtes au guide Michelin, le Clos Saint-Jacques poursuit sa route. Peut-être la croiserez-vous dans un futur proche.
Le Clos Saint-Jacques, 9, rue Saint-Jacques à Cambrai.
Tél. : 03 27 74 37 61 06 79 84 31 98 - leclosstjacques@wanadoo.fr - www.leclosstjacques.com
Le Farfadet, 13, rue la Citadelle à Cambrai.
Tél. : 03 27 82 81 53- www.farfadet.fr