Vitrailliste, maître verrier, artiste verrier... Judith Debruyn revendique toutes ces appellations. L'art du verre, elle le pratique depuis de nombreuses années et prend un plaisir tout particulier à créer des vitraux.
« Ce projet ? Il date de 1996 ! J'avais présenté une exposition personnelle à Liévin, au centre Arc-en-ciel. Le maire est venu la voir. Ça lui a plu... »
Mais il a fallu du temps pour que l'affaire se concrétise. « Je suis aussi intervenue à l'école maternelle Berthelot.
Avec les enfants, nous avons travaillé sur la transparence. Et on a créé un vitrail pour l'école. Après cela, j'ai été recontactée par Arc-en-ciel, afin d'en réaliser un autre pour le centre social Pignon. » L'église Saint-Amé ? « Elle est située non loin du puits où s'était produite la catastrophe de Liévin, en 1974. Elle n'avait pas de vitraux, juste des plaques colorées. C'était assez tristounet... »
Or la municipalité locale cherchait à en faire un lieu de mémoire et de patrimoine, dans la perspective de l'arrivée du Louvre à Lens. Et c'est dans ce cadre que Jean-Pierre Kucheida, maire de Liévin, a demandé à la Douaisienne de présenter une maquette de décoration possible pour le choeur. « La ville a été séduite, mais n'a pas dit oui tout de suite... Puis j'ai été recontactée. Seulement, cette fois, il fallait présenter un projet global pour tout l'édifice, une oeuvre totale ! »
Judith s'est donc remise au travail. D'autant qu'il s'agissait ici de trente-huit vitraux, dont trente-trois grands.
« Ils m'ont laissé carte blanche. » Du coup, elle a repris son projet de choeur et l'a complété avec d'autres thématiques. « Dans un premier temps, j'ai voulu rendre hommage aux mineurs. » D'où la présence sur l'un des vitraux de la liste des prénoms des victimes de la catastrophe. Elle sera lisible de l'intérieur comme de l'extérieur. « J'ai aussi voulu respecter celles et ceux qui viennent prier. »
Elle évoque donc aussi les saints dont les noms sont attachés à l'histoire régionale : saint Amé, saint Éloi, sainte Barbe... Dans la nef, Judith propose des sujets plus profanes, liés à la vie quotidienne, comme les vacances à la mer, mais aussi les dentellières, le kiosque à musique, la ducasse, le bal du 14 Juillet... Il aura fallu près de quatre ans pour tout réaliser, mais le chantier touche presque à sa fin. « Il me reste encore deux vitraux ! »
Si tout se passe comme prévu, l'ensemble devrait être achevé pour la prochaine Sainte-Barbe, juste avant l'ouverture du Louvre Lens. Un grand moment d'émotion en perspective pour l'artiste et les personnes qui participent à l'opération (voir l'article ci-dessous).
Et après Saint-Druon, à Carvin, celle de Persan-Beaumont, dans l'Oise, de Thiant ou, plus près de Douai, celles d'Arleux et de Roost-Warendin, voici donc une nouvelle église où l'on pourra apprécier le talent de Judith Debruyn.
PAR J-F. GUYBERT