Sylvie Dumaine aimerait certainement que son livre passe de main en main dans les cafés. Qu'il soit l'occasion, pour les lecteurs, de partager leurs souvenirs d'enfance. C'est ce que souhaitaient les éditions Wartberg en lançant cette série Grandir à..., dans laquelle elles proposent aux auteurs d'entremêler leur histoire personnelle à celle de leur ville pendant les deux décennies de leur jeunesse. Ancienne journaliste, seule de sa famille à être née à Lille, amoureuse de sa ville « tout en restant critique », Sylvie Dumaine avait le profil idéal pour en faire la déclinaison lilloise.
À l'automne dernier, elle a donc fait un grand plongeon dans son enfance. Comme une introspection. Remué le passé, lorsqu'elle habitait dans une grande maison bourgeoise de la rue Solférino. « J'ai beaucoup discuté avec mes amis, la famille. On a croisé nos souvenirs, explique-t-elle. Étrangement, on a la mémoire sélective. Je n'ai que des bons souvenirs de mon enfance lilloise. »
De ce grand rembobinage, Sylvie Dumaine a ressorti de nombreuses anecdotes. On la suit ainsi dans les allées du Printemps, temple du chic parisien qui a ouvert en 1962 dans la capitale des Flandres. On l'imagine se faire rabrouer par l'abbé lors de sa communion à l'église Saint-Michel, alors qu'elle éclate de rire à cause des pitreries de sa soeur. On la retrouve encore en train de frissonner devant le veau siamois du musée d'Histoire naturelle.
Le Diplodocus
En filigrane de cette enfance paisible, faite également de balades aventureuses à vélo dans le Bois de Boulogne, ou de défis dans les bassins des Bains lillois, il y a la mutation d'une ville. « Dans les années 60, Lille était sinistrée », souligne l'auteure. Il y a ces chantiers avortés, comme le « Diplodocus », une galerie commerciale qui ne verra jamais le jour mais qui laissera, en lieu et place de l'actuel Nouveau-Siècle, un cratère rempli d'eau dans lequel les touristes viennent jeter une pièce, « comme la fontaine de Trévi, le baroque en moins ». Ou encore la visite de Nikita Khrouchtchev, ancien dirigeant de l'URSS, au cours de laquelle on avait frisé l'incident diplomatique. Il y a aussi ces affaires de « traite des blanches », que la rumeur alimente...
Derrière le travail de mémoire, Sylvie Dumaine a engagé, pour ce livre, de vraies recherches historiques, en plongeant notamment dans les archives de La Voix du Nord. « J'ai appris beaucoup de choses en faisant ce livre », s'amuse-t-elle. Ça tombe bien, le lecteur aussi !
« Grandir à Lille dans les années 1960 et 1970 », aux éditions Wartberg. 13,10. Sylvie Dumaine sera en dédicace au Furet du Nord le 2 juin à partir de 15 h.
PAR SARAH BINET