Petit sondage (c'est la période) : qui, en sortant de chez lui sous un petit crachin typique de nos contrées, ne s'est jamais dit qu'il manquait un peu de couleurs sur son parapluie uniforme ? Personne ? Bon... Tant pis. N'empêche que l'association des Pépins peints s'est emparée de ce combat, et organise donc depuis huit ans un concours de peinture sur parapluie. Objectif : lutter contre la grisaille et la mauvaise humeur, La Bruaysienne Chantal Lefebvre y participe pour la deuxième fois.
« L'an dernier, j'avais été surclassée, de la catégorie débutant à initié. Pourtant, cela faisait à peine quelques mois que j'avais commencé la peinture ! » Constatation : la Bruaysienne a incontestablement du talent. Elle n'était pourtant guère prédestinée à devenir peintre. Il y a encore trois ans, cette mère de deux enfants était auxiliaire vétérinaire, plus habituée à fréquenter des animaux que des expositions. Et n'avait alors jamais tenu un pinceau.
Sclérose en plaques
En 2009, c'est un accident de la vie qui a créé le déclic. Après des années d'inquiétude et de douleurs aux jambes, c'est le choc : la désormais quinquagénaire apprend qu'elle est atteinte de sclérose en plaques. Sa vie ne sera plus jamais la même. Elle qui s'était trouvée une passion pour la course à pied doit renoncer à son bol d'air quotidien. « Ça me manque beaucoup. Je courais tous les matins, environ une heure et demi, sur les routes du secteur. J'avais même un bon petit niveau, puisque je participais chaque année aux foulées du Bruaysis par exemple. Ca me détendait. Lorsqu'on court, on fait le vide, on ne pense à rien. » Une insouciance bel et bien révolue, puisque Chantal doit aussi abandonner son travail et acheter un plain-pied. Pour combler le temps, elle se met en quête d'une nouvelle activité. Et se rappelle que, plus jeune, elle adorait dessiner. La peinture l'attire. Et puis tout s'enchaîne. Un cours d'essai dans un club se charge du reste, le virus est activé.
Désormais, Chantal peint tous les jours. Chaque soir, elle réalise un portrait. Cela va de Georges Brassens à Domino, son petit chien... en passant par... Nicolas Sarkozy. « Une habitude prise dès mes débuts dans la peinture. Je me force à en faire un, chaque soir. Comme ça, je peux voir les progrès réalisés au fur et à mesure. Et puis j'ai le temps, vu que je ne regarde jamais la télé ! » Quant aux parapluies... « Ce sont des dizaines d'heures de travail. J'ai trouvé l'idée sympa, en tout cas originale. » Pour info, sur les parapluies, il s'agit de peinture acrylique. Il peut donc pleuvoir dessus, sans dommage pour les motifs.
Également membre de la Palette régionale, Chantal participe régulièrement à des séances de peinture dans la rue. « Un bon exercice. On arrive le matin, il n'y a rien. Lorsqu'on repart, la peinture doit être terminée. » Une bonne école.
Avant d'envisager une éventuelle nouvelle victoire au concours, Chantal, qui ne veut pas se définir comme artiste (« Je n'ai encore vendu que deux toiles, pour l'instant ! »), pense à son avenir. Elle aimerait s'inscrire aux Beaux Arts. « Mais avec la maladie, ça ne va pas être évident. »