Jean-Claude Pluchart esquissé au musée des Dentelles de Caudry
mercredi 22.02.2012, 05:12 - PAR ALICIA GAYDIER
J.-C.Pluchart devant un modèle haute couture utilisant son motif « Moulins de mon coeur». LE VISAGE DE L'ACTUALITÉ
À Caudry, le musée des Dentelles et broderies présente depuis samedi sa nouvelle exposition temporaire « Esquisses et dentelles, portrait d'un dessinateur ». Ce dessinateur, c'est Jean-Claude Pluchart. Esquisseur et metteur en carte, il a créé sa vie durant des motifs repris par les plus grands couturiers. Un travail dans l'ombre, aujourd'hui mis en lumière par cette exposition.
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« C'est difficile de raconter ma vie pleine de trous. » Pleine de trous, comme la dentelle. La métaphore est toute trouvée pour Jean-Claude Pluchart. « Je m'exprime mieux avec mes crayons qu'avec ma voix », dit-t-il encore. Cela tombe bien.
C'est justement ses dessins que le musée des Dentelles et broderies donne à voir, depuis samedi, dans sa nouvelle exposition temporaire « Esquisses et dentelles, portrait d'un créateur ».
Après son certificat d'études, Jean-Claude Pluchart entre au centre d'apprentissage. Il a alors 14 ans et sait déjà faire tourner un métier. Il faut dire que son père est bobineur et sa mère écailleuse à domicile. « Le dimanche, avec mon père, j'allais ouvrir les machines... J'ai connu comme ça ... », se souvient-il. Jean-Claude Pluchart ambitionne alors de devenir tulliste. Mais on demande un pointeur-chiffreur chez Blaise Tassou. Il est embauché en 1961, à l'âge de 15 ans.
Bien vite, on repère son coup de crayon et le Caudrésien livre ses premières esquisses. « Tout jeune, je reproduisais déjà des petites cartes et, au centre d'apprentissage, j'avais suivi quelques cours de dessin d'art... » Le Caudrésien s'illustre d'abord dans la guipure pour l'ameublement. « J'étais multifonctions. Mais, à partir des années 1970, j'ai fait de plus en plus de dessins », raconte-t-il.
Moulins de mon coeur
Les « trous » commencent dans les années 1980. L'industrie dentellière subit la crise, Jean-Claude Pluchart plusieurs licenciements. Il passe par Melayers, NDC, Lescroart. Puis finit sa carrière chez Solstisss. « Avant, le dessinateur était dans un coin, dans l'ombre... Chez Solstiss, j'ai connu plus d'ouverture », confie-t-il.
Jean-Claude Pluchart rencontre le couturier Elie Saab, un jour qu'il vient à Caudry. Il collabore avec la maison Rochas. Certains de ses dessins sont utilisés par Chanel ou Vuitton. « Je n'aime pas les aplats. J'ai toujours cherché à apporter à la dentelle quelque chose qui la rende plus vivante », glisse le dessinateur.
Sa « roue de vélo » ou ses « moulins de mon coeur » comptent parmi les motifs que Jean-Claude Pluchart affectionne particulièrement. Ni plus ni moins que des « best-sellers », assure Claire Catoire, la directrice du musée. On les retrouve évidemment dans l'exposition. Celle-ci montre « la fabrication de la dentelle. Depuis l'esquisse de Jean-Claude, en passant par la mise en carte, pour arriver à des échantillons prêtés par Solstiss », décrit Claire Catoire. Et jusqu'à des modèles haute couture, prêtés par les maisons Chanel, Ungaro, Sonia Rykiel, ainsi que par le créateur Nicolas Le Cauchois.
Au-delà d'expliquer la fabrication de la dentelle, cette exposition est aussi et surtout « un hommage à un homme, qui s'est effacé derrière sa passion », indique la directrice du musée. En activité, Jean-Claude Pluchart a toujours eu à coeur de former des jeunes. Et, retraité depuis 2004, de faire partager son savoir en tant que bénévole au musée. De l'ombre, le dessinateur est aujourd'hui en pleine lumière grâce à cette exposition. « Pour moi, c'est un peu un genre de revanche », glisse-t-il avec malice.














