Mademoiselle Maria K est « Médée » : intrinsèquement clown et tragédienne
mercredi 08.02.2012, 05:26 - R. M.
Mademoiselle Maria K (Cécile Gheerbrant) incarne Médée à la Verrière, si humaine et si monstrueuse. PHOTO CHRISTOPHE LEFEBVRE THÉÂTRE
« Faut pas s'inquiéter : la tragédie, personne n'y comprend rien. » Elle plaisante, Mademoiselle Maria K. Beaucoup. C'est pourtant à la Médée de Sénèque que le clown s'attaque, à sa façon, à la Verrière, à Lille : en solo, en intégrale (ou presque) .
Un choix audacieux. Pas pour son public « inculte », pour lequel elle rappelle d'emblée, en deux coups de cuillère à pot, « l'épisode d'avant », celui de la Toison d'or et de son « superhéros », Jason, pour poser le contexte. Mais pour elle, qui parvient à jouer - seule ! - tous les personnages (ou presque) de cette tragédie : un Jason frimeur et niais, un Créon boursouflé de suffisance, une savoureuse nourrice à l'accent flamand, le choeur (!) et Médée. Une Médée qui se construit ici au fur et à mesure que le clown, qui pour la première fois se produit dans un théâtre, improvise et réalise son rêve : incarner le mythe. Et comment !
Pas banal le chemin emprunté par celle qui l'incarne. Nez rouge, blonde platine, Cécile Gheerbrant prend le public par la main dès l'entrée du théâtre, s'échauffe avec lui avant de rejoindre la scène, lui donne des clefs pour expliquer sa passion. Une oeuvre hybride d'où émerge une Mademoiselle Maria K clown et tragédienne à la fois. Improbable ? Certainement pas. Et le clown et la tragédienne sont à la fois monstres et profondément humains, qui nous font ici comprendre que « la tragédie, c'est nous en grand, en plus beau et en aussi dégueulasse ».
Jusqu'à samedi à 20 h 30 (à 19 h demain) à la Verrière, 28, rue Alphonse-Mercier à Lille. 14 à 5 . Tél : 03 20 54 96 75.














