Premier étage de la maternité Jeanne-de-Flandre. Au « PC » des sages-femmes, la porte reste constamment ouverte. Les allées et venues sont ici incessantes. Dossiers sous le bras, au pas de charge. Les sages-femmes sont des abeilles travailleuses dans cette maternité aux allures de ruche où elles sont entre 90 et 100 à se relayer auprès des mamans.
Cette importante équipe a assuré, en 2011, 5 468 naissances. Comme celle de Karen et Axelle, ces deux jumelles âgées de deux heures (notre photo ) confortablement lovées dans les bras de leur mère, cernes creusés mais heureuse. Assis à côté de son épouse dans cette pièce de repos située près des neuf salles d'accouchement, le papa réalise tout doucement : « Notre vie va changer ! » À ses côtés, une sage-femme veille sur la petite famille avec un regard bienveillant. « Ça fait toujours quelque chose de mettre au monde les bébés. C'est le bon côté du métier », sourit-elle.
Recherche des pathologies
Aucune complication à la naissance de ces petites, arrivées par césarienne. C'est sûrement grâce à la surveillance opérée par l'équipe de sages-femmes qui ont suivi la maman dès son début de grossesse et poursuivront la surveillance de ses bébés. « Les sages-femmes ne procèdent pas uniquement aux accouchements, précise avec insistance Michèle Cuisse, sage-femme, cadre de santé à la maternité. Elles assurent également les consultations prénatales et postnatales, le suivi des mamans et des bébés lorsqu'il y a des complications... » Par son discours, la responsable veut faire voler en éclats le stéréotype selon lequel les sages-femmes ne seraient là que pour accueillir le bébé à sa sortie du ventre maternel. Erreur. « Nos professionnelles sont formées pour faire les examens médicaux nécessaires à la recherche de pathologies maternelles et foetales, certaines peuvent faire passer des échographies, on s'occupe aussi de préparer les mamans à l'allaitement, etc. » Patientes dont les foetus présentent des pathologies ou mamans de bébés prématurés, elles affluent de toute la région à Jeanne-de-Flandre, maternité de niveau 3 qui peut accueillir des publics très fragilisés. « Nous sommes spécialisés dans l'accueil des grands prématurés quand d'autres maternités de niveau 3 le sont en addictologie, par exemple », détaille Michèle Cuisse.
L'établissement du CHRU présente en effet les plateaux techniques suffisants pour parer à toute éventualité, comme un bloc opératoire autour duquel s'articulent chambres, services et couloirs. « Auparavant, il fallait transporter les bébés prématurés ou les mamans par ambulance. Sur les pavés, c'était vraiment délicat, se souvient-elle. Aujourd'hui, on n'a qu'à pousser une porte ou descendre un étage. » Un confort et une sécurité supplémentaires qui apaisent l'esprit des parents.
Dans l'intimité d'une chambre, juste à côté du « QG » des sages-femmes, un couple d'Armentiérois s'entretient avec une maïeuticienne, l'autre nom des sages-femmes. Âgé de 31 semaines, leur bébé n'a pas bien grossi ces derniers temps. On procède donc à un monitoring de contrôle. Sur l'écran de la machine, les courbes montent et descendent. « On fait une séance de vérification, on voit quel poids fait le bébé et la maman reviendra dans quelques semaines pour le même examen. Nous aurons alors des éléments de comparaison pour voir s'il a repris sa croissance », explique-t-elle.
Expliquer, rassurer
Souvent désinformés par des sources mal choisies sur internet, les parents des bébés fragilisés nourrissent beaucoup d'inquiétude. Les sages-femmes prennent alors le temps de les rassurer. « C'est assez traumatisant pour eux de venir à Lille, au CHRU. Les mamans arrivent avec beaucoup de questions. Il faut donc dédramatiser la situation et prendre le temps de les rassurer », souligne une sage-femme. « C'est vrai qu'on est bien accueillis et bien renseignés ici », convient la maman alitée, maintenant habituée à se rendre régulièrement à Jeanne-de-Flandre.
La maternité est en passe d'étoffer encore un peu plus son offre de services. Notamment par la récupération du sang placentaire, riche en cellules souches, suivant l'exemple de la maternité de Roubaix qui avait déjà entamé cette démarche. « On réfléchit également à une prise en charge plus légère des patientes et à un service d'accouchement non médicalisé », glisse Michèle Cuisse. Ce ne sont encore que des idées. Celles qui les mettront en oeuvre, elles, sont déjà prêtes à se former, avec toujours cet engagement sans faille au service des mamans et des bébés.
PAR SARAH BINET