« Un kit de bière qu'on vend dans le commerce. Toute cette histoire a débuté par l'achat précipité d'un simple kit de bière. Sans cuve ni quoi que ce soit d'autre. » Voilà qui s'appelle commencer avec rien. À la fin des années 90, Alain Brootcoorens fait chauffer la cocotte plusieurs fois par mois. Pour son plaisir uniquement. Et celui de ses papilles « qui n'étaient pas difficiles ». C'est vrai qu'il avait un goût de trop peu son mélange. « Avec des potes, on travaillait à l'erreur. » À l'erreur signifie au pifomètre. Beaucoup d'eau, du malt et quelques fleurs de houblon. Puis les brassins ont augmenté leur capacité. De dix litres, les amateurs - de nombreux proches vivent l'aventure - passent à quarante puis quatre-vingts. Dans la petite ville d'Erquelinnes (B) non loin de Maubeuge, le bruit court comme quoi un homme tente, cloîtré dans son garage en parpaings, de donner naissance à un énième élixir national. Alain Brootcoorens ne fait pas encore les gros titres mais il profite d'un vent favorable. Éducateur spécialisé dans la vie, il crée l'Angélus au beau milieu de l'hiver 2000. Une picobrasserie comme il en existe peu en Belgique. Dix ans plus tard, dix mille personnes se pressent début septembre pour assister à la cueillette du houblon (voir ci-contre). Du jamais vu outre Aa.
Hier épiphénomène, l'Angélus belge (un homonyme existe en France) attire aujourd'hui les inconditionnels. Aujourd'hui, c'est Gerard Velders, attaché à la rédaction de Pint News qui met le nez dans la chope. « Elle est fraiment booon set bier. Comment vous dites déjà son nom ? » Du haut de ses deux mètres hollandais, le connaisseur semble émoustillé par le retour en bouche de l'Angélus blonde. « Vous n'avez pas tout vu, il reste la brune, la Sambresse, celle de Noël et toutes les spéciales ! » Sans le savoir, le Belge, qui n'a pas son pareil pour pousser à la consommation, met l'index sur une coutume tout brootcoornenienne qui consiste à produire des bières à façon. Comprenez par là selon les vux du client.
Depuis huit ans, des dizaines de « spéciales » ont ainsi vu le jour dans les cuves en inox de désormais six cents litres. « Je fais ça pour les associations, les mariages ou les événements heureux. Les gens sont ravis de personnaliser leur cuvée », indique l'amateur éclairé. Parmi les pépites, on peut citer la Pompette (demandée par un traiteur), la Magnolia (sollicitée par un cercle horticole) ou bien encore la Dhoublon pour fêter comme il se doit l'arrivée de jumelles.
Sans forcer la cadence, la brasserie réalise en moyenne une quinzaine de brassins par an. Soit quinze mille litres. Une petite production inversement proportionnelle à la renommée de l'Angélus qui attire tous azimuts médias, touristes et acheteurs finlandais, italiens et même des Russes. Tous les deuxièmes week-ends de décembre, une grande marche a lieu dans les rues d'Erquelinnes. Une parade en l'honneur de Saint-Arnould. D'ailleurs, sur l'étiquette de l'Angélus, on voit très distinctement l'église du village. « Pour éviter d'avoir une vision trop chrétienne, j'ai rajouté un cupidon. » Ça va faire mousser.
Brasserie Angélus,197, route de Maubeuge à Erquelinnes (B). Tél. : 0032/715 586 66 - 0032/479887835 - www.brasserie-brootcoorens-erquelinnes.be - angelus.br@swing.be